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Pour une ville profondément humaine et pleinement vivante

Entretien avec Samuel Linzau* et cheminement tout au long des 1ères Assises Internationales de la Ville Sensible qui ont eu lieu à Lyon en juin 2025.


Pourquoi de telles Assises sur le sujet de la Ville Sensible ?

Je crois depuis toujours que nous nous sommes trompés de voie. Que le monde n’est pas seulement chiffres, statistiques et constructions. Mais qu’il parle avant tout d’humanité, de vivant, de rêve et d’énergies. Aujourd’hui, ce monde change et nous sommes les acteurs de ce changement.
C’est là tout l’essentiel de la démarche des Assises internationales de la Ville Sensible.

Pour reprendre le propos de Jean-Marc Bouillon, intervenant aux Assises internationales de la Ville Sensible “aujourd’hui nous vivons un moment où le paysage, la nature deviennent essentiels à nos vies”. “Le défi que nous avons à relever est de nous réapproprier nos émotions et de changer ce paradigme ancien que le corps est le tombeau de l’âme depuis plus de 2 000 ans”, comme l’a aussi rappelé Alicia Gauduel.

Nous avons besoin de changer notre regard sur la ville et lors de ces Assises internationales de la Ville Sensible, nous l’avons fait collectivement. Et quel plaisir ! Ce pourrait être une formule un peu floue. Une perception folle. Mais cette idée a pris corps. Elle a résonné. Elle a traversé nos échanges. Elle est devenue un fil rouge, un mouvement. Une ligne autour de cette réalité : nos émotions, sont ce par quoi nous vivons et percevons le monde.

Comment ce regard sur la ville a-t-il changé ?

La journée a été un révélateur. Un miroir. Un véritable pas de côté. Et ce dès que nous sommes arrivés à Zadiga-Cité. Et pour certains dès qu’ils ont décidé d’être ici, avec nous.

Au travers des ateliers, des présentations, des groupes, nous avons vu, ensemble, les tensions à l’œuvre :

• Une action publique parfois écartelée entre injonctions et réalités du terrain, avec des actions ciblées pour se rapprocher des gens.
• Des acteurs engagés qui placent leurs priorités dans la compréhension de l’usage.
• Avec en creux, un désir commun : coopérer autrement, retrouver le souffle du “pourquoi”, renouer avec le sens. Retrouver le lien de l’humanité, de l’émotion et du vivant.

Alors, comment définir la Ville Sensible ?

Une définition collective a émergé. En quelques mots, la Ville Sensible, c’est une ville qui écoute, qui ressent et qui prend soin. Elle replace les habitants – avec leur corps, leurs émotions, leurs perceptions – au cœur de la fabrique urbaine. Loin d’une approche strictement fonctionnelle, elle intègre les dimensions cognitives, sensorielles et affectives des personnes, en reconnaissant la diversité des âges, des parcours, des vulnérabilités.

La ville devient alors attentionnée : elle veille aux besoins humains comme non-humains, à l’inclusion des voix silencieuses, à la qualité du lien social et au respect du vivant. Elle redonne une place centrale à la biophilie et à la philocalie, ces désirs profonds de nature et de beauté.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie pour les acteurs de la fabrique urbaine ?

La Ville Sensible se construit dans l’interdisciplinarité : entre sciences cognitives, paysage, architecture, urbanisme et sociologie. Elle est lucide et embrasse la complexité plutôt que de la fuir. Elle explore de nouveaux outils comme les cartes émotionnelles ou l’Aquapuncture® urbaine pour relier les données aux vécus. 
Elle assume la pluralité des regards et des situations comme une richesse à organiser, non à uniformiser. 
En faisant le pari du dialogue, de l’écoute et de la régénération, elle devient un écosystème vivant, capable d’adaptation, de réciprocité et de réparation.
En somme, une ville profondément humaine et pleinement vivante. 

A l’aune de cette définition, vous avez exprimé l’idée que vous aviez effectué trois déplacements essentiels, pouvez-vous développer ce propos ?

Oui, nous avons bien effectué trois déplacements collectivement et nous sommes passés :

De l’expertise à la présence.
Il ne s’agit plus de se contenter de savoir. Il faut être là. Écouter. Sentir. Percevoir et rendre compte. Savoir coordonner les sciences cognitives au profit de méthodes et d’outils spécifiques pour le bien commun, celui de tous.
 
De la coopération formelle à l’alliance sensible.
L’écoute de l’habitant, de l’enfant, du client, l’écoute du vivant, ne peut être seulement un simple partenariat institutionnel. Elle doit s’ancrer dans une vision commune, partagée, vivante. Ce qu’il faudrait engager est une nouvelle alliance sensible.

Du projet au sens.
Ce n’est pas un projet de plus que nous devons porter. C’est un projet habité, un projet de lien, d’intention, de transformation. Nous avons évoqué différents types d’outils d’écoute. Tous convergent vers un partage du sens. Ce n’est donc pas un projet de plus, mais une dimension de plus à intégrer à nos modes de faire. En amont de ceux-ci, pas une variable, mais un invariant.
 
 
Repensons à l’idée portée par Nadia Sahmi du beau malveillant ou du laid bienveillant. Cette qualification tient davantage à l’intention initiale qu’à la réalisation. Elle implique de changer là aussi de perception, d’inverser nos sens et le sens. Elle redonne le socle du respect de nos singularités et de la mise en commun pour construire cette ville relationnelle et sensible qui « se découvre avec les pieds ».

Faut-il donc ressentir pour agir ?

Oui, le vrai outil n’est pas celui qui vient du tableau Excel, mais bien celui qui émane du cœur battant des habitants.

Pour ce faire, des démarches multiples existent : 
 
le Quotient Émotionnel SenCité.
la Boussole du bien être de la Ville de Lyon, 
Tell_Me, 32 cartes pour calibrer le bien-être, 
l’Observatoire Santé et Qualité de Vie Urbaine avec ses 10 000 consultés, 
la cartographie sensible à une échelle plus vaste,
 
A retrouver en détails dans les ACTES 5

Parlez-nous de votre retour d’expérience SenCité à la SPL Lyon Confluence, en 2023.

C’est déjà en soit une rencontre avec Olivia Cuir et Thierry Roche à l’initiative de cette démarche SenCité. Nos sujets initiaux étaient totalement opérationnels, déménager vers le Champ de la Confluence.
 
Dans le fil de l’échange, nous avons évoqué l’homme et les perceptions. Nous nous sommes rencontrés. Et au regard des inflexions portées par les élus Ville et Métropole de Lyon, pour le projet urbain de la Confluence, et notamment de  » Faire de la Confluence un quartier plus vivant, plus désirable », j’ai choisi d’engager le quotient émotionnel de la Confluence. 
 
De cette analyse dans les conditions exposées, résultent les éléments suivants : 
 
Pour le Champ, un quotient émotionnel de 70/100 :
– 92 % ressentent de la joie devant la nature.
– Proxémie : 80/100.
– les vigilances : bruit, odeurs, propreté. Car en effet, nous sommes en travaux et la ville advient, elle se construit.
 
 
Pour Sainte-Blandine, un quotient émotionnel de 65/100 :

– Plus de la moitié des personnes se sentent reconnues.
– Un tiers évoquent la tristesse liée au manque d’animation, à une forme d’abandon.
 
Aussi, notre défi et celui du projet urbain : une presqu’île unifiée et une identité constituée.

Ce qui a été saisissant c’est la superposition des deux radars, qui montraient les leviers à actionner pour créer à terme une identité globale de la Confluence. C’est ce que nous avons engagé ensuite pour permettre ce sentiment d’appartenance, se sentir pleinement confluençaise et confluençais.

Les verbatim des habitants sont autant de pistes pour recréer du désir et du lien.

Qu’est-ce que cela vous dit à vous, aménageur, et qu’en avez-vous fait ?

Que la ville n’est pas un simple agencement de formes, mais un écosystème émotionnel, relationnel, sensoriel. Et qu’avec ces retours du terrain, nous pouvons bénéficier d’un autre point de vue pour orienter notre action d’aménageur au service de l’intérêt général.
Le désir, c’est aussi la création d’espaces où tous se sentent accueillis, abrités. Et l’exemple c’est le Caterpillou et la station Mue, dans le Champ de Confluence. Entre le moment de sa livraison en juin 2024 et octobre de la même année, ce sont près de 90 000 personnes qui sont venues. Quelles sont les raisons de ce succès ? Une conception avec les enfants, les écoles… des plantations avec les enfants, les parents. De grandes capacités d’accueil, des bancs circulaires. La capacité pour des parents de laisser courir leurs enfants en liberté totale. Ce que Sonia Lavendhino, anthropologue urbaine appelle “la seconde peau” est pensé à l’échelle du quartier.

Cette démarche a-t-elle modifié durablement vos façons de faire ?

Tout à fait, nous avons fait évoluer notre façon de concevoir l’espace public. Nous questionnons nos modes de faire. Nous avons repensé les chantiers comme autant d’opportunités de regard et d’apprentissage, mêlé urbanisme transitoire, concertation et création d’identité, réintroduit le mouvement. Nous avons réfléchi à l’acceptation des nuisances par la prise en compte et la compréhension des gains du changement. 
 
Aujourd’hui, nous poursuivons les analyses, les écoutes sociologiques, ce REX essentiel pour rester “collé” aux besoins des habitants. Nous avons une approche pragmatique car je crois qu’une ville où on se sent bien, où on se sent vu, entendu, accueilli est une ville où on désire rester, vivre, acheter. 
Comme le disait Bernard Reybier avec l’exemple de FERMOB, “la ville Sensible est aussi un pragmatisme économique”.

Aussi, nous avançons avec nos parties prenantes en questionnant toujours le  » et si « . Avec la conscience que la valeur n’est pas forcément à construire seulement du point de vue du bilan aménageur, promoteur, constructeur, …, mais de la satisfaction amont et finale du client. 

En conclusion de cette synthèse : changer de regard, c’est déjà transformer ?

Changer de regard, ce n’est pas chercher un ailleurs.
C’est voir autrement ce qui est déjà là, ce qui se passe bien. C’est oser ralentir, questionner nos évidences, et redonner sa place à ce qui relie, à ce qui élève, à ce qui soigne.

Changer de regard, ce n’est pas un supplément d’âme. C’est la condition d’une action juste dans un monde incertain.”


C’est également, comme nous l’a dit Carlos Moreno, “un chemin possible pour retrouver l’harmonie sociale, en recomposant les liens avec toutes les parties prenantes de la ville”.

Et un ingrédient de cette harmonie sociale viendrait de la capacité que nous aurons à recréer la confiance. De cette confiance, Sonia Lavadinho explique qu‘elle est liée aussi à la diversité des personnes présentes dans la ville, les personnes âgées, les enfants, vous et moi.
 
En fait, changer de regard, c’est certainement et aussi, reconnecter l’enfant en nous et oser le préjugé de la confiance.

Je nous souhaite d’y repenser, mais surtout d’agir.

En 2030, 70% de la population mondiale vivra en ville.
Agissons maintenant !

*Samuel Linzau, membre du comité scientifique des Assises Internationales de la Ville Sensible et directeur de la SPL Lyon Confluence, partage ses réflexions à propos de la Ville Sensible. Des Assises à Zadiga-Cité Lyon Confluence sur lesquelles il revient : des réflexions collectives au mouvement qui se dessine, engagé et ambitieux.

Les 1ères Assises Internationales de la Ville Sensible initiées par Olivia Cuir et Thierry Roche, avec l’appui du Conseil Scientifique, ont eu lieu le 30 juin 2025 à Lyon. Cet événement pionnier a mobilisé un écosystème d’acteurs engagés autour d’un objectif commun : construire des villes plus sensibles, inclusives et durables où les émotions humaines deviennent un levier d’innovation et de bien-être collectif. Une seconde édition est en cours de préparation et aura lieu le 1er juin 2026.

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