« Discours de clôture de la 2e édition des Assises Internationales de la Ville Sensible »
Retranscription de la prise de parole de Samuel Linzau lors de la clôture de la 2ème édition des Assises Internationales de la Ville Sensible autour du thème « ce qui nous relie », en présence des élus de la Ville et de la Métropole
Clôture — Assises Internationales de la Ville Sensible
2ᵉ édition • 1er juin 2026
Nous avions l’année dernière aborder un sujet fort : le regard.
Et comme aujourd’hui, Iil y avait, dès les premiers instants, quelque chose de différent.
Un temps pour respirer.
S’ancrer.
Ressentir.
Comme si, avant de parler de la ville, il fallait d’abord réapprendre à habiter le moment.
Et ce point de départ n’est pas neutre.
Olivia Cuir et Thierry Roche nous ont accueillis dans cet esprit dès l’ouverture de cette journée : la ville sensible n’est pas un supplément d’âme. C’est une autre manière de regarder, de ressentir et de fabriquer la ville.
La ville ne commence pas par des plans.
Elle commence par une perception.
Tout au long de cette journée, un fil s’est dessiné.
Un fil simple. Profond. Presque évident.
Le lien.
Le lien entre les êtres.
Le lien entre le corps et l’espace.
Le lien entre le vivant et la ville.
Le lien entre ceux qui pensent la ville et ceux qui la vivent.
Jérôme Jubelin nous l’a rappelé dès ce matin à travers l’expérience cognitive : nous ne vivons pas la ville telle qu’elle est. Nous vivons la ville telle que nous la percevons. Nos émotions influencent nos comportements, nos perceptions orientent nos usages, nos déplacements, notre manière de rencontrer l’autre.
Et la ville, parfois sans même le savoir, agit sur nous.
Sur nos corps.
Sur nos rythmes.
Sur notre capacité à vivre ensemble.
Puis Olivier Hamant a déplacé notre regard vers le vivant et la robustesse.
Il nous a rappelé qu’un système vivant ne tient pas parce qu’il est parfaitement optimisé, mais parce qu’il est capable de s’adapter, de ralentir parfois, d’accepter les fluctuations. Une ville sensible serait alors peut-être une ville capable de vivre avec ses fragilités plutôt que de vouloir les effacer.
Avec Jana Revedin, puis plus tard Gérard Bassalé et Marc Aurel, la ville sensible a aussi pris une dimension internationale.
Le Caire, Porto Novo, Manchester.
À travers ces regards croisés, une même idée revenait : il n’existe pas de modèle universel. Chaque territoire porte une histoire, une culture, une manière particulière d’habiter le monde. La ville sensible n’est donc pas une recette. C’est une attention portée au contexte, aux usages, aux mémoires et aux liens déjà présents.
Puis la question centrale de cette journée a été posée par Nadia Sahmi et les intervenants de la table ronde :
Est-ce le rôle de la ville de prendre soin de l’individu ?
Barbara Attia nous a montré combien les territoires agissent profondément sur notre santé mentale, notre sentiment d’appartenance et notre capacité à habiter un lieu. Elle nous rappelle qu’une ville peut devenir presque thérapeutique lorsqu’elle respecte les usages, les vulnérabilités et les identités locales.
Et puis, Paul Klotz a apporté une dimension profondément politique à cette réflexion. Il nous a rappelé que les politiques publiques mesurent beaucoup de choses… sauf peut-être l’essentiel : ce que les habitants ressentent réellement dans leur quotidien. Le sensible n’est pas un détail. Il devient un enjeu démocratique. Une autre formalisation d’un sensible qui est un impensé de la ville.
Éric de Thoisy nous a invités à changer radicalement de point de départ : ne plus concevoir la ville depuis un habitant générique qui n’existe pas, mais depuis les personnes les plus vulnérables. Il nous a rappelé combien une ville organisée uniquement autour des flux peut devenir hostile aux corps, aux fragilités et à l’habitabilité même des lieux.
Yoann Sportouch, avec l’urbanisme du care, a prolongé cette idée en montrant que le soin ne réside pas seulement dans l’objet construit, mais dans la manière de faire ensemble. Et là, une incise toute personnelle, le Care est aussi pour soi, tout comme il s’agit aussi de faire parler ceux qui ne parlent jamais. Aller chercher les invisibles. Construire avec plutôt que construire pour.
Et peut-être qu’au fond, tous nous ont rappelé une même chose, si évidente qu’elle en parait être invisible :
La ville n’est pas neutre.
Elle soigne.
Ou elle abîme.
Rarement, elle est indifférente.
Et un autre univers a été ouvert par Guillaume Bottazzi. Une autre perspective encore, celle de la neuroesthétique. L’art, la lumière, les couleurs, les formes influencent directement notre cerveau, nos émotions et jusqu’à notre capacité à vivre ensemble. La beauté n’est pas accessoire. Elle agit profondément sur nos comportements et sur notre apaisement collectif.
Et c’est là que le sensible prend corps, tout ce qui nous entoure, nous impacte.
Puis Charles Pépin est venu poser une question simple, mais probablement la plus essentielle de toutes :
La rencontre authentique dans la ville est-elle encore possible ?
Avez-vous entendu ?
La rencontre authentique dans la ville est-elle encore possible ?
Non pas le simple croisement.
Non pas la coexistence fonctionnelle.
Mais la véritable rencontre.
Celle qui transforme.
Celle qui déplace.
Celle qui relie.
Celle qui connecte.
Et je crois que toute cette journée a tourné autour de cela.
Car la ville contemporaine a beaucoup été pensée pour circuler.
Beaucoup moins pour s’arrêter.
Or, le lien naît souvent dans les interstices.
Dans les pauses.
Dans les frottements.
Dans les situations imprévues.
Je vous ai rejoins à la pause et des instants passés ensemble, il me semble que ces échanges, ceux de cet après-midi en ont été la continuité.
La parenthèse poétique de Natacha Bensimon nous a rappelé que sans poésie, l’urbanisme risque parfois de devenir une simple mécanique.
Jean-Baptiste Cocagne, Olivier Razemon, Thierry Roche, Xavier du Crest, Eddy Terki et Silvia Dore ont interrogé le lien social comme une forme vivante, fragile, presque sauvage, qui nécessite des espaces, du temps et des occasions pour exister encore.
Puis Laurent Michelin, Chris Younès, Flora Le Bolloch et Stéphane Llorca ont ouvert une perspective régénératrice : celle d’une ville capable non seulement de produire, mais aussi de réparer, de reconnecter, de refaire circuler le vivant, l’eau, la mémoire, les usages et les relations humaines.
Les ateliers eux-mêmes ont prolongé cette idée.
Le droit de s’asseoir.
La mémoire en ville.
Les constructions collectives avec les Kapla.
Tout cela peut sembler simple.
Mais peut-être que la ville sensible commence précisément là.
Dans cette capacité à recréer les conditions du lien.
Ce qui ressort aussi de cette journée, c’est que la ville sensible n’est pas une théorie abstraite.
Elle existe déjà.
Dans les démarches d’écoute.
Dans la place donnée aux habitants.
Dans l’attention portée aux plus vulnérables.
Dans les espaces pensés à hauteur d’enfant.
Dans les lieux où l’on accepte de faire ensemble.
Et derrière tout cela revient une idée forte :
Le lien social n’est pas automatique.
Il ne disparaît pas totalement.
Mais il se fragilise lorsque les conditions de sa naissance ne sont plus réunies.
Alors faire la ville, c’est peut-être d’abord recréer ces conditions.
Créer des lieux où l’on peut ralentir.
Où l’on peut encore se parler.
Où l’on peut ressentir.
Où l’on peut appartenir.
La robustesse évoquée ce matin n’est peut-être rien d’autre que cela.
Une ville capable de tenir parce qu’elle reste vivante.
Et une ville vivante est une ville qui reste en lien.
Lien entre les générations.
Lien entre les quartiers.
Lien entre les disciplines.
Lien entre l’humain et le vivant.
Et peut-être aussi lien entre l’action publique et l’expérience réelle des habitants.
Car ce qui s’est exprimé aujourd’hui, au fond, c’est une attente de reconnexion.
Reconnexion aux usages.
Aux émotions.
Au sensible.
Mais aussi au sens.
Alors oui, cette journée laisse des questions ouvertes.
Et c’est heureux.
Parce qu’une ville sensible n’est pas un modèle figé.
C’est une ville qui écoute.
Une ville qui apprend.
Une ville qui accepte d’évoluer avec celles et ceux qui l’habitent.
Peut-être qu’au fond, la question posée aujourd’hui n’était pas seulement celle de la ville sensible.
Mais celle de notre responsabilité collective.
Car notre responsabilité n’est peut-être plus seulement de produire la ville.
Mais de créer les conditions du lien qui permettront encore d’y habiter ensemble.
Une ville ne vit pas uniquement parce qu’elle est construite.
Elle vit parce qu’elle relie.
Elle vit parce qu’elle redonne de la fierté.
Elle passe du regard, au contact, et puis au lien.
En somme, elle crée les conditions de la confiance.
Merci.
Samuel Linzau, membre du comité scientifique des Assises Internationales de la Ville Sensible et directeur de la SPL Lyon-Confluence, nous a fait l’honneur de clôturer cette deuxième édition des Assises autour du thème « ce qui nous relie ».
La deuxième édition des Assises Internationales de la Ville Sensible, initiées par Olivia Cuir et Thierry Roche, avec l’appui du Conseil Scientifique, ont eu lieu le 1er juin 2026 à Lyon. Cet événement pionnier a mobilisé un écosystème d’acteurs engagés autour d’un objectif commun : construire des villes plus sensibles, inclusives et durables où les émotions humaines deviennent un levier d’innovation et de bien-être collectif. Cette seconde édition s’est déroulé autour du thème « ce qui nous relie »