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« La bio-inspiration, un outil créatif au service de la ville sensible »

Retranscription de la conférence de Alexis Claisse le 2 avril 2026 à Zadiga Cité,
sur le thème :
«  La bio-inspiration, un outil créatif au service de la ville sensible »


« La bio-inspiration, un outil créatif au service de la ville sensible ? »


Observer le vivant pour penser autrement

La bio-inspiration commence par un geste simple : observer.
Prendre le temps de s’arrêter.
Regarder vraiment ce qui nous entoure.

En sortant du métro place Bellecour, un jour, un concert d’oiseaux.
Quelque chose de très vivant, presque inattendu en pleine ville.
En levant les yeux : un arbousier rempli de fruits mûrs.
Une scène simple, mais intense.

Ce moment produit de la joie.
Et cette joie vient uniquement d’une chose : avoir pris le temps d’observer.

C’est précisément cela, la bio-inspiration.
Revenir à cette capacité d’attention au vivant.

Une démarche qui commence par soi

Observer le vivant suppose d’abord de se reconnecter à soi.
À ses émotions.
À son corps.
À ses sensations.

Plus on développe cette écoute intérieure, plus on devient capable de percevoir finement ce qui se passe autour de nous.
La bio-inspiration n’est pas seulement une méthode intellectuelle.
C’est une posture.

La ville sensible : cadre d’application

Cette approche s’inscrit directement dans la réflexion sur la ville sensible.
Une ville :
– humaine, car adaptée aux usages et aux ressentis
– inclusive, car ouverte à toutes les sensibilités
– sensorielle, car mobilisant l’ensemble de nos sens

Mais pour concevoir une telle ville, il faut changer de référentiel.
Et aller chercher des modèles ailleurs : dans le vivant.

Le castor : adapter son environnement à ses besoins

Premier exemple : le castor.
Son problème est simple : survivre.
Son besoin : la sécurité.
Pour y répondre, il transforme son environnement.
Il construit des barrages pour élever le niveau de l’eau et accéder à son habitat en toute sécurité.

Ce qui est intéressant, ce n’est pas seulement le résultat.
C’est la manière :
– travail collectif
– temps long
– utilisation des ressources locales
– adaptation continue (réparation immédiate des brèches)

Le castor ne subit pas son environnement.
Il le façonne en fonction de ses besoins.

La forêt : un système de relations

Deuxième modèle : la forêt.
La forêt n’est pas une juxtaposition d’arbres.
C’est un système complexe de relations.

Les arbres sont sensibles :
au toucher, au vent, à leur environnement.
Ils communiquent, notamment par signaux chimiques.
Ils coopèrent, mais peuvent aussi entrer en compétition.

L’exemple des mycorhizes est central.
Une symbiose entre racines et champignons.
Résultat :
– une capacité d’exploration du sol multipliée
– un échange de nutriments
– une protection mutuelle
Mais surtout : un réseau.
Un système interconnecté.

La forêt “fait système”.
Elle produit de la résilience par la relation.

La coopération comme principe du vivant

Dans le vivant, la coopération est omniprésente.

Les graines dépendent des animaux pour se disperser.
Les fleurs produisent du sucre pour attirer les pollinisateurs.
Les insectes assurent la reproduction des plantes.

Chacun agit pour soi, mais produit aussi un bénéfice pour l’autre.
C’est une logique de coévolution.
Pas d’optimisation individuelle isolée, mais un équilibre relationnel.

Le vivant comme expérience sensorielle

Le vivant agit directement sur nos capacités.
Des études montrent que la présence de nature améliore l’apprentissage.
Que notre cerveau fonctionne mieux dans un environnement naturel.
La nature n’est pas un décor.
Elle est une condition de notre équilibre.

Une méthode structurée : partir du problème

La bio-inspiration n’est pas une métaphore vague.
C’est une méthode précise.

– Identifier un problème réel
(et non une formulation approximative)
– Chercher un équivalent dans le vivant
(une situation similaire)
– Construire une analogie
(comprendre le mécanisme)
– Traduire dans le contexte humain

Cette démarche est validée scientifiquement.
Elle nécessite un dialogue entre disciplines.

Un outil d’intelligence collective

La bio-inspiration sert aussi à faire travailler des groupes autrement.

Elle crée un espace où :
– les hiérarchies s’effacent
– les émotions peuvent s’exprimer
– chacun peut contribuer

Elle permet de produire une réflexion collective plus riche, car basée sur des perceptions multiples.

Penser en système pour traiter la complexité

Un apport majeur de la bio-inspiration : la pensée systémique.
Comprendre que les éléments sont reliés.
Que chaque action a des effets en chaîne.
Dans la ville, cela signifie : penser les interactions, et non les objets isolés.

Réintroduire l’émotion dans la réflexion

Observer la nature apaise.
En parler apaise aussi.
La bio-inspiration remet l’émotion au cœur du processus.
Non pas comme un élément secondaire, mais comme une donnée essentielle de compréhension.

Un langage universel

Le vivant est un référentiel commun.
Quel que soit le contexte culturel,
la nature est partagée.
La bio-inspiration devient alors un outil universel pour penser ensemble.


Changer de regard

La bio-inspiration propose un déplacement.

Passer :
– d’une logique de contrôle à une logique d’observation
– d’une approche fragmentée à une approche systémique
– d’une pensée abstraite à une expérience sensible

Observer le vivant, ce n’est pas seulement s’inspirer.
C’est apprendre à voir autrement.

Alexis Claisse est consultant en entreprenariat bio-inspiré et fondateur d’AJC Maintenant, qui accompagne divers acteurs à se remettre en mouvement en s’inspirant sur les principes du vivant. A travers cette conférence, Alexis propose de porter un autre regard sur nos modes d’organisation, en montrant comment les mécanismes du vivant peuvent devenir des leviers concrets, pour repenser la conception et l’évolution de la Ville Sensible.

Les 1ères Assises Internationales de la Ville Sensible initiées par Olivia Cuir et Thierry Roche, avec l’appui du Conseil Scientifique, ont eu lieu le 30 juin 2025 à Lyon. Cet événement pionnier a mobilisé un écosystème d’acteurs engagés autour d’un objectif commun : construire des villes plus sensibles, inclusives et durables où les émotions humaines deviennent un levier d’innovation et de bien-être collectif. Une seconde édition est en cours de préparation et aura lieu le 1er juin 2026.

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